****1/2 Le Tartuffe, 133 Notre-Dame-de-l'Ile (coin Papineau),
Gatineau, 776-6424
Écoutez
la chronique d'Anne Michaud.
4
m 30 s
Avec la disparition ces derniers
mois du « Laurier sur Montcalm »
et du « Verlan », on
pourrait en venir à penser que les
restaurants de fine cuisine ne
peuvent pas vivre très longtemps à
Gatineau... Fort heureusement pour
les amateurs, il y a des exceptions
telles que « Les Fougères »,
« L'Orée du Bois »,
« Le Sans-Pareil » et « Le
Tartuffe », celui-ci étant
de plus pourvu d'une des plus jolies
terrasses de la région. C'est donc
sur celle-ci que nous avions jeté
notre dévolu samedi dernier mais la
touffeur de l'air nous a plutôt
fait opter pour un dîner au frais,
à l'intérieur. Nous retournerons
au « Tartuffe »
un jour moins caniculaire pour
profiter de la terrasse, peut-être
un midi pour pouvoir déguster
quelques-uns des plats du « Menu
terrasse » qui propose des
petits délices tels que la Salade
d'épinards, melons et prosciutto,
vinaigrette au miel et à la vodka
($7.50), la Salade de truite
saumonée au pesto de tomates séchées
et basilic servie sur un tian de légumes
marinés à la fleur d'ail ($9)
ou l'Escalope de saumon de
l'Atlantique enroulée dans une pâte
filo, sauce à l'orange parfumée d'épices
de Voilà Masala ($9.75).
Ce soir-là c'est donc au frais,
dans un décor un peu vieillot, que
nous avons plongé avec délices
dans la cuisine simple mais raffinée
du chef-propriétaire Gérard
Fisher, présentée sous forme de
table d'hôte à prix fort attrayant
($29 à $38 pour trois services,
fromages et/ou desserts en sus). En
entrée, un Potage chaud aux
carottes et gingembre, une
petite Salade du marché,
vinaigrette balsamique et miel
et deux potages froids se
disputaient nos faveurs. Ce sont ces
derniers qui l'ont emporté: le
premier, une Gaspacho, était
merveilleusement équilibré: légèrement
épicé mais sans excès, aucunement
acide et très rafraîchissant grâce
à la présence de petits dés de
concombre, c'était une merveilleuse
entrée en matière pour un souper
de canicule. De même pour le
second, une Vichyssoise à la
fois légère et crémeuse,
classique mais merveilleusement bien
exécutée.
Vinrent ensuite, pour moi un Flan
de fromage de chèvre Micha de la
ferme Floralpe de Papineauville
et pour lui un Tartare de pétoncles
et crevettes tigrées. Le flan
était accompagné d'un délicieux
chutney à la mangue, à l'abricot
et à la papaye, arrosé d'huile
d'olive aromatisée à la coriandre
et décoré de pousses de maïs et
autres verdures fraîches. Léger
comme l'air tout en conservant le goût
légèrement piquant de ce fromage
de grande qualité, c'était un pur
délice! Même constatation pour le
tartare où pétoncles et crevettes,
hachés finement et assaisonnés de
jus de lime et de poivre rose,
reposaient sur un lit de fenouil
cuit. Quant aux « gousses
d'asclépiades » annoncées au
menu, nous n'avons pas pensé à
demander qu'on les identifie pour
nous... Le mystère persiste...
Eût-il fait moins chaud que le Médaillon
de caribou du Yukon rôti à la
compote de canneberges et sauce
Grand Veneur ($36) aurait
certainement été l'un de nos choix
de plats principaux mais le caribou
et la canicule ne faisant pas bon ménage
dans nos têtes, nous avons plutôt
opté pour la Ballotine de râble
de lapin farcie aux pommes et
pleurotes ($33) et la Côte
de porc de Breton du Bas
Saint-Laurent à la tapenade aux épinards
et tomates séchées ($35).
Habituellement je n'aime pas que des
viandes différentes soient garnies
des mêmes légumes mais j'avoue que
ceux-ci accompagnaient fort bien les
deux plats: une petite part de gâteau
de pommes de terre et patate douce
en tranches minces, deux petites
carottes tournées, quelques bouchées
de ratatouille, trois ou quatre
« têtes de violons » et
une petite portion de chou rouge
dynamisaient les assiettes en leur
ajoutant vitamines, couleur et goût.
Je ne sais pas ce que le « Breton
du Bas Saint-Laurent » fait à
ses porcs pour que leur viande soit
aussi tendre mais ça, c'est du
cochon comme on l'aime! Maigre et goûteuse,
la côte de porc était recouverte
d'un savoureux mélange d'épinards
et tomates séchées qui méritait
bien l'appellation de tapenade parce
qu'il rappelait réellement cette spécialité
provençale; la sauce, baptisée du
nom de « sauce ivoire »
(une béchamel allongée de
bouillon), était aromatisée au
cognac et à l'aneth, une herbe
qu'on associe plutôt au poisson et
aux fruits de mer mais qui, ma foi,
mérite d'être plus largement
utilisée. Présenté en ballotine,
c'est-à-dire farci et roulé, le râble
de lapin permettait d'apprécier
toute la finesse de la chair de cet
animal, la farce aux pleurotes et
aux pommes lui donnant un petit goût
« sauvage » que ne démentait
pas la sauce au Calvados et au
poivre vert. Le seul reproche qu'on
pourrait adresser à ces deux plats,
de même qu'à la majorité des
autres plats principaux offerts,
c'est qu'ils ne reflétaient pas du
tout la température extérieure;
mais qui aurait pu prévoir qu'il
ferait un temps de canicule au début
de juin! J'imagine que la cuisine du
chef Fisher se fait un peu plus
estivale une fois que l'été est
officiellement arrivé...
La carte des vins est particulièrement
bien garnie et offre plusieurs
importations privées. Comme nous
avions envie d'un vin rosé pour
faire écho à la chaleur, notre
serveur nous a conseillé un vin québécois,
L'Orpailleur ($25), en nous
soulignant qu'il était à la fois
assez léger pour accompagner agréablement
les entrées choisies et cependant
assez bien pourvu en tanins pour
soutenir les plats de viande. Ce fut
un choix fort heureux et et une
belle découverte que nous
adopterons pour nos repas d'été!
J'en profite pour mentionner que le
service fut impeccable tout le long
du repas, tant pour les plats que
pour le vin, les différents
serveurs se faisant attentifs sans
être trop présents.
Nous n'avions plus vraiment faim et
avons su résister à L'Assiette
du fromager ($7.50 pour trois
fromages) qu'on nous proposait mais
nous avons par contre cédé au Trio
de sorbets maison ($5.50) et à
la Crème brûlée à la
framboise ($6). Les sorbets, à
la framboise, au citron et à la
mangue, étaient semblables à ceux
qu'on mange en Europe, frais,
fondants et très fruités, alors
que la Crème brûlée compte
certainement parmi les meilleures
que j'aie jamais mangé... J'en
aurais léché le ramequin si nous
n'avions pas été en public...
D'ailleurs on en trouve la recette
sur le site internet du « Tartuffe »
(voir adresse plus bas). Merci M.
Fischer et longue vie au « Tartuffe »!
NOTE: Ouvert de 11h30 à 14h du
lundi au vendredi et de 17h30 à 22h
du lundi au samedi. Accessible aux
personnes handicapées. Menus du
restaurant et du service de
traiteur, recettes et autres
renseignements disponibles au www.letartuffe.com
anne_michaud@radio-canada.ca